Encore une évocation par René BAIL du raid de Graveline auquel a participé Joseph MADEC :
24-25 décembre 1943, Graveline (Nord) :
L'équipe de l'officier des équipages Wallerand est en train d'opérer à travers les lignes allemandes.
Elle se compose du second-maître Caron, de Meunier, Pourcelot, Navrault et Madec.
Ils ne sont qu'à trente kilomètres de Dunkerque où, il y a trois ans, l'aventure commençait.
La mission est remplie et l'équipe, qui se trouve à l'intérieur des terres, revient sur la plage pour repartir en doris. Plus loin, au large, la vedette attend en silence.
Mauvaise surprise !
Le doris est rempli d'eau.
Aucun moyen, ni le temps d'ailleurs, d'écoper.
Les hommes tentent de pousser l'embarcation, mais au bout de quelques mètres, elle coule. “Il faut pourtant ramener le renseignement à tout prix, dit Wallerand, faites signe à la vedette de se rapprocher”.
La vedette amorce la manœuvre, mais ne peut se rapprocher à plus de cinq cents mètres.
C'est déjà risqué dans ces parages où les bancs de sable foisonnent.
Mais il ne faut pas en rester là, Wallerand décide brusquement de se mettre à l'eau et de nager jusqu'à la vedette.
A cette époque de l'année, l'eau est glaciale.
Il fonce quand même, suivi du regard par ses compagnons d'infortune.
Ils distinguent à peine ce point mobile qui s'éloigne. Il n'est plus loin de la vedette lorsque, brusquement, il coule à pic.
Nul ne peut réussir où Wallerand, pourtant doué d'une force physique et d'une volonté peu communes, vient d'échouer.
La vedette ne peut plus attendre et, devant les gars épuisés, s'éloigne vers l'Angleterre.
Caron prend aussitôt le commandement de l'équipe, mais ils sont contraints de se séparer.
Caron originaire du Nord, retrouve vite sa famille, s'y cache puis entre dans la Résistance.
Meunier, capturé par les Allemands, torturé, sera condamné à mort.
La libération de Paris lui sauvera la vie… une jeep des commandos réussit à le récupérer.
Il reprend place aussitôt dans les rangs.
Madec, parti seul pour la Bretagne, s'est débarrassé de sa grosse veste et de son béret vert.
En outre, il a décousu les poches plaquées de son battle-dress.
C'est ainsi qu'il débarque à Paris, gare du Nord.
Empruntant le métro, il traverse la capitale sans que personne ne s'inquiète de sa condition.
Il sera sans doute le seul à avoir traversé Paris occupé sous l'uniforme anglais, sans être remarqué.
Il parvient à rejoindre le maquis breton où, pendant sept mois, il va diriger l'instruction avec le grade d'adjudant. Les parachutages procurent la plupart du temps des armes anglaises.
Madec les connaît à la perfection et, lorsqu'arrivera la libération, ses hommes seront prêts aux combats.
Quant à Navrault et Pourcelot, restés ensemble, ils sont descendus vers Hazebrouck en quête d'un refuge. Arrivés dans une ferme, ils demandent aux fermiers de se reposer chez eux, même dans une grange…
Ceux-ci leur refusent l'hospitalité !
Les commandos trouveront plus loin une hutte à moitié démolie et s'y écrouleront, à bout de force.
Le lendemain, ayant réussi à se procurer des vêtements civils, ils vont se séparer.
Pourcelot se dirige vers l'est et rejoint un maquis dans les Vosges.
Néanmoins, il n'y parviendra qu'après des aventures tumultueuses.
Récupéré par une filière d'évasion d'aviateurs alliés, Pourcelot sera arrêté lors d'un contrôle de police à la Porte d'Italie (Paris XIIIème).
Envoyé à la prison de la Santé, puis à celle de Fresnes, il ne va heureusement pas être identifié comme commando, mais en tant que passeur ou convoyeur…
Deux Anglais, des radios, qui l'accompagnaient, seront fusillés.
Quelques temps plus tard, Pourcelot réussira à s'évader.
Navrault réussira à rallier le maquis de Raphanel, dans le Puy-de-Dôme, au sein duquel il servira avec le grade de capitaine.
Tous reviendront aux Commandos après la libération de Paris, afin de participer aux dernières opérations de guerre.